Alors que s’ouvre le Deuxième Sommet africain sur le climat (ACS2) à Addis‑Abeba du 8 au 10 septembre 2025, l’enjeu dépasse la mise en scène d’une unité politique. Il s’agit de convertir un potentiel colossal solaire, éolien, capital naturel, démographie jeune en gains concrets de financement, d’industrialisation verte et de résilience. Cette rencontre cruciale se fait à la veille de la COP30 au Brésil. Le contexte est implacable : le climat coûte déjà 2 à 5 % du PIB à de nombreux pays africains et pourrait exposer jusqu’à 118 millions des plus pauvres à des événements extrêmes d’ici 2030. Malgré cela, l’Afrique ne reçoit qu’une infime part des investissements verts mondiaux et veut rééquilibrer la donne.
L’ampleur est notable, 45 chefs d’État et plus de 25 000 participants sont attendus selon les sources officielles. L’ambition est claire, parler d’une seule voix.
A quoi peut-on s’attendre pour l’Afrique après ce second sommet ?
Le précédent sommet, à Nairobi, avait posé les bases. Plus de 20 à 23 milliards USD de promesses d’investissement et un saut d’échelle affiché, de 56 GW à 300 GW de capacités renouvelables d’ici 2030 avait été annoncé. Mais l’enjeu 2025 est d’opérationnaliser les annonces, convertir les promesses en pipelines bancables, avec des garanties et des coûts du capital compatible avec les réalités africaines. Plusieurs analyses insistent aujourd’hui sur la nécessité de passer des déclarations aux résultats mesurables dès 2025-2026.
Sur le financement, le différentiel entre besoins et offres reste profond. Dans un discours de cadrage, la Commission de l’Union africaine rappelle que l’Afrique a besoin d’environ 1 300 milliards USD par an pour l’adaptation et l’atténuation. Pour arriver unis à la COP30, le Groupe africain des négociateurs (AGN) a affûté la Position commune africaine lors de réunions stratégiques à Zanzibar. Priorités sur le financement, l’adaptation, la transition énergétique (y compris la cuisson propre), la technologie et la justice climatique.
La cohérence entre experts techniques et leadership politique doit être consolidée, avec un passage par l’AMCEN pour endosser le texte et le porter à Belém.
L’industrialisation verte est l’autre pilier. Utiliser l’énergie propre et les chaînes de valeur des minéraux critiques pour créer de la valeur en Afrique est l’autre aspect aussi. Or, malgré un potentiel hors norme, 60 % du gisement solaire mondial, le continent n’attire qu’environ 2 % des investissements verts internationaux, freinés par des taux d’intérêt élevés et un risque perçu. Les observateurs soulignent l’urgence de réduire le coût du capital (réformes des banques multilatérales, garanties, SDRs) et d’ancrer localement la transformation (batteries, hydrogène vert, fertilisants bas carbone), plutôt que d’exporter des minerais bruts.
Quelle image renvoie la société civile africaine face aux réalités climatiques ?
La société civile et la jeunesse occupent une place croissante. Réunis à Addis, des représentants jeunes ont adopté une Déclaration d’Addis‑Abeba appelant à une gouvernance climatique inclusive, à un fonds continental pour la jeunesse, et à l’institutionnalisation de leur participation au sein de l’UA et des COP. Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large. La réunion de Dakar est orientée dans ce cadre pour unifier la voix de la société civile africaine à l’approche de Belém, avec un accent sur transparence, annulation de dette et souveraineté alimentaire via des solutions fondées sur la nature, notamment la Grande Muraille Verte, restauration des écosystèmes.
L’ACS2 d’Addis-Abeba, sert de vitrine diplomatique pour l’Éthiopie, qui a officiellement déposé sa candidature pour accueillir la COP32 en 2027. Addis‑Abeba se présente comme pôle de la diplomatie climatique qui capitalise sur ses initiatives : énergies renouvelables, reboisement et sa connectivité diplomatique en abritant le siège de l’UA. L’annonce, faite durant la Climate Week à Addis et réitérée pendant l’ACS2, met l’Afrique au centre de la rotation des COP. La décision pourrait intervenir à l’issue de la COP30. Derrière l’enjeu d’image, une question stratégique se positionne : façonner l’ordre du jour des négociations pour obtenir des règles de finance, de marchés carbones et de technologie plus équitables pour le continent.
Addis‑Abeba est un stress‑test de crédibilité. La capacité à produire une Déclaration d’Addis ambitieuse à sécuriser des engagements chiffrés (subventions, garanties, fonds pertes et dommages) et à bâtir des coalitions pour l’industrialisation verte. Si l’Afrique convertit cet élan en résultats concrets avant Belém et défend une position resserrée à la COP30, elle peut passer du statut de victime à celui de chef de file des solutions, en alignant climat, emploi et souveraineté économique. En attendons de voir les conclusions de ce sommet qui se veut décisif pour l’Afrique en matière de lutte contre les changements climatique.
Aliou DIALLO, Jounaliste environnementaliste



