Nous sommes au grand marché du Km36. Ici, légumes et fruits restent abandonnés çà et là. Situé dans la commune urbaine de Sanoyah, en périphérie de Conakry, le gaspillage alimentaire est devenu une réalité préoccupante et croissante dans cette commune. Dans un contexte où une part importante de la population est confrontée à des difficultés d’accès régulier à une alimentation suffisante, jeter de la nourriture est non seulement un paradoxe, mais aussi une urgence sociale, économique et environnementale.
Ce gaspillage alimentaire est un fait déplorable comme l’indique Aboubacar Sabari Conte, président de la commission transport et coordonnateur général des entreprises au sein de la délégation spéciale « Quand les femmes envoient leurs marchandises au marché et que ça ne marche pas, au lieu de les reprendre pour les conserver, elles les laissent au bord de la route. » Explique-t-il.
Ce fléau silencieux mais bien réel constitue un véritable scandale moral et alimentaire dans une commune où une partie de la population souffre de malnutrition. Il représente également une perte économique considérable pour les commerçants, qui investissent temps et argent dans leurs produits. Ces aliments abandonnés deviennent des déchets organiques dans les rues. Ils contribuent à accroitre l’insalubrité urbaine et à l’augmentation des gaz à effet de serre lorsqu’ils se décomposent. C’est en cela, que ce membre de la commune de sanoyah souligne la nécessité de réorganiser le circuit de distribution et de mettre en place des solutions durables, telles que des centres de stockage ou de transformation des produits périssables « Bientôt, nous allons inaugurer le centre de frigo, qui permettra aux femmes de stocker leurs marchandises, notamment les légumes et autres denrées périssables. En sollicitant l’aide de Madame Fatim, nous espérons qu’avec tous ces aménagements, tout se passera pour le mieux. » Affirme-t-il.
Le même constat se fait chez les spécialistes des questions alimentaires « Une grande partie de la production finit à la poubelle, en raison notamment du manque d’équipements de conservation, de la mauvaise gestion post-récolte et de l’écoulement difficile des produits sur le marché.» Explique Oumou Diallo, diplômée en technologie agroalimentaire de l’Institut Supérieur de Formation en Technologie Agroalimentaire et Biopharmaceutique de Casablanca.

Selon elle, les principales causes du gaspillage se situent à plusieurs niveaux, notamment : la mauvaise conservation des produits, les vendeurs ne disposent pas d’espaces adéquats pour stocker les invendus, l’absence d’unités de production industrielle adaptées pour certains types d’aliments, et le manque de valorisation des produits locaux « Le gaspillage alimentaire constitue aujourd’hui un défi majeur, en particulier dans les zones de production agricole. Il cause de lourdes pertes financières aux agriculteurs, car les produits non vendus ne couvrent pas les coûts de production. Il épuise aussi les ressources naturelles, pollue les sols et favorise l’agriculture intensive, menaçant ainsi l’environnement et la durabilité de leur activité.» Souligne-t-elle.
Malgré les nombreux obstacles, Oumou Diallo reste optimiste. Elle affirme avec conviction que la transformation des produits agricoles représente une solution efficace pour limiter les pertes « Bien sûr que la transformation peut être une solution. Par exemple, si un agriculteur produit X tonnes de tomates et que le besoin en tomates fraîches est de moitié, il faut songer à transformer le reste en purée, concentré de tomate ou autres. À partir d’un seul produit, on peut obtenir plusieurs dérivés, empêchant ainsi le gaspillage. » Précise-t-elle.

Selon sa philosophie, cette approche permet aux agriculteurs et commerçants de mieux gérer les surplus ou les invendus, notamment en période de forte récolte, lorsque le marché est saturé « Au lieu de voir leurs produits pourrir ou être bradés, ils peuvent les valoriser à travers des techniques simples de transformation artisanale ou semi-industrielle, adaptées aux réalités locales. » Indique cette jeune dame
Ce qu’il faut dire que, la mise en place des industries de transformation par les producteurs tout en incitant la population à consommer et valoriser les produits locaux est l’une des voies pour lutter contre cet état de fait. Ce qui pourrait sans doute donner une seconde vie sous forme de purée, farine ou jus aux différents produits.
Le gaspillage alimentaire n’est pas une fatalité. Il est urgent d’agir, derrière chaque denrée abandonnée, c’est une part de l’économie locale et de la dignité humaine qui s’effondre. A quand l’adaptation d’une meilleure politique à cette situation qui est présente dans tous les grands marchés de la Guinée ?
Fatima Mansaré



