À Niamey, la perte du Cailcedrat (Khaya senegalensis), arbre emblématique du paysage urbain, s’accélère. Symbole de la capitale, cet arbre centenaire, introduit dès les missions coloniales, a façonné l’identité des villes ouest-africaines. Aujourd’hui, il est menacé de disparition, classé sur la liste rouge de l’UICN « Le Cailcedrat est un arbre de vertu à multiples usages. Il a marqué depuis les missions coloniales la transformation de nos milieux ruraux en centres urbains. À Niamey, il fut choisi comme élément symbolique du paysage urbain et planté le long des axes administratifs. Aujourd’hui, nous assistons à sa disparition dans l’indifférence.» Explique Dr Haboubacar Maman Manzo, enseignant-chercheur à l’Université Boubakar Ba de Tillabéri et Chevalier de l’Ordre national du Mérite du Niger.
Selon Dr Manzo, les plus vieux individus subsistent encore sur deux axes majeurs : de la place de la concertation jusqu’au rond-point Saidou Sidibé, en passant par la Poste et la Nigelec. Il se retrouve aussi du rond-point Saidou Sidibé au Boulevard Mohamed V, longeant la clinique Alissa, l’OCBN et l’EAMAC « Ces arbres centenaires sont les derniers témoins d’un patrimoine immatériel qui mérite d’être préservé et sauvegardé », insiste-t-il.

Une perte symbolique et douloureuse
Les intempéries de la nature sont des facteurs de dégradation de cette espèce. Le 31 juillet dernier, un vent saisonnier a provoqué la chute d’un majestueux Cailcedrat de plus de 70 ans, situé devant la Direction Générale des Impôts. Cette perte n’a pas laissé indifférent cet enseignant chercheur « Cet arbre emblématique est tombé sans aucune attention. Il laisse un vide immense dans notre paysage urbain. Pendant que nous plantons des millions de jeunes arbres, ceux qui sont centenaires et qui nous offrent ombrage, oxygène et mémoire disparaissent dans le silence », déplore Dr Manzo.

Face à cette situation, Dr Manzo interpelle « Nous perdons notre patrimoine arboré et arbustif. Nous perdons nos Cailcedrats en silence. Autorités, chercheurs, techniciens et citoyens, nous sommes tous interpellés. Préservons et maintenons la pérennité des ressources floristiques existantes avant d’innover et de promouvoir de nouvelles plantations qu’on ne saurait entretenir durablement. »
Au-delà du Niger, cette réalité retrouve dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest qui vois cette espèce disparaitre.
Aliou DIALLO



