L’indigotier, avec son nom scientifique, (Indigofera tinctoria), plante de la famille des Fabacées, est un arbuste pouvant atteindre plus d’un mètre de hauteur. Il présente des tiges couvertes d’une pilosité blanchâtre et aux feuilles imparipennées composées de 9 à 13 folioles. Ses fleurs sont pourpres à rougeâtres et ses fruits, des gousses incurvées, se regroupent en forme de « pattes de banane ».
Localement appelé au Niger, Baba en hausa ou Sinii en zarma, l’indigotier est endémique des zones sahéliennes du Niger, où il pousse sur des sols secs et sablonneux « Sa distribution géographique s’étend de l’Asie au Sahel jusqu’aux zones soudaniennes ». Explique Dr Haboubacar Maman MANZOn, enseignant chercheur
Un héritage historique et culturel majeur
Depuis des siècles, l’indigotier est la source de la célèbre teinture bleue. « Le terme indigo vient du grec indikon, signifiant “provenant d’Inde” » poursuit ce chercheur. Cette plante fut au cœur du commerce international dès le Moyen Âge, concurrençant le pastel européen (Isatis tinctoria). En France, son usage fut interdit entre 1598 et 1737 sous l’appellation de « teinture du diable », avant d’être autorisé au XIXe siècle dans les colonies des Antilles.
Au XVIIe siècle, les Hollandais et les compagnies coloniales en firent un produit stratégique, créant des richesses considérables en Europe, en Asie et en Afrique. « Indigofera tinctoria était l’indigo de commerce par excellence, cultivé en Inde et exporté vers l’Europe via les routes maritimes portugaises dès 1516 ». Rappelle t-il

Un savoir-faire artisanal en déclin !
Traditionnellement, dans le Grand Damagaram, l’indigotier était la ressource première des teinturiers « ma rina », dont la renommée s’étendait du Maghreb à Sokoto. Les Touaregs faisaient teindre leurs habits et turbans, symboles de fierté, dans les ateliers de Zinder ou Kano, obtenant une gamme de bleus allant du clair au foncé. Le procédé artisanal consistait à récolter les feuilles, les faire bouillir, puis recueillir la macération. Selon les additifs et mordants, on obtenait une palette de bleus. Ce savoir-faire, autrefois vecteur de cohésion sociale et d’économie locale, a aujourd’hui presque disparu.
Un potentiel écologique et technologique…
Au-delà de la teinture, l’indigotier présente des atouts environnementaux majeurs. « En tant que légumineuse, il enrichit les sols par fixation de l’azote et contribue à la séquestration du carbone ». Indique l’enseignant chercheur. Il s’inscrit dans les objectifs de développement durable (ODD 12, 13 et 15) grâce à ses usages multiples : teinture naturelle, bioénergie, pharmacopée, cosmétique et même nanotechnologies. Des recherches récentes explorent ses nanoparticules associées au zinc pour des applications en médecine, dépollution et agriculture.
Avec la disparition des ateliers de teinture et la concurrence des produits chimiques, «Indigofera tinctoria est devenue une plante oubliée malgré son rôle historique et ses bénéfices écologiques ». Regrette Dr MANZO. Pour de nombreux observateurs, sa relance pourrait créer des emplois verts inclusifs, renforcer les économies rurales et promouvoir des filières durables. Elle représente une opportunité pour restaurer les sols dégradés et réduire l’empreinte carbone des industries textiles.
Aliou DIALLO, Journaliste environnementaliste



