Dans les parties ouest du canton de Bandé et le nord-est de Zarmou, au cœur des départements de Magaria et Mirriah, s’étendent des paysages marqués par une grande densité de plans et cours d’eau de surface. Ces zones, parsemées de mares permanentes et semi-permanentes, forment un réseau d’étangs naturels appelés localement “Korama”. Ces formations caractérisent tout le système hydrographique du sud-est et sud-ouest de la région de Zinder, qui s’étendent jusqu’aux frontières du Nigeria, en connexion avec le bassin du Lac Tchad.
Une activité traditionnelle méconnue mais persistante dans la région de Zender !
Dans les Korama, la pisciculture traditionnelle est une activité ancienne, transmise de génération en génération, bien que peu documentée. Chaque matin, les acheteurs nigérians venant de Mai Gatari ou de Kano se rendent dans les villages de Gaabi Haoussa et Mai Farou (canton de Bandé) pour s’approvisionner en poissons comme le silure (Tarwaada/Guiguiri) ou le protopterus (Gaiwa). D’autres acheteurs privilégient les zones de Kassama, Toumballa, Lassori ou encore Guidimouni, réputées pour leurs poissons Clarias, carpes, tilapias et capitaines, reconnues pour leur fraîcheur et leur origine naturelle. Les activités piscicoles dans ces zones représentent une opportunité stratégique pour la sécurité alimentaire et le développement économique rural. La pisciculture extensive, toujours active dans la région. Elle pratiquée à l’aide d’outils traditionnels tels que, des pièges en pilotille, des calebasses de pêche, des enclos de branchages, des dispositifs d’appâtage adaptés à la capture de poissons. Ces méthodes illustrent la capacité d’adaptation des pisciculteurs face aux défis environnementaux, notamment la réduction des captures due à l’ensablement progressif des zones de pêche par le passé.

L’effet bénéfique des pluies et du climat sur la pisciculture !
Avec le retour des pluies, le constat montre que les Korama retrouvent leur vitalité. L’eau ruisselle et relie les mares à travers les dépressions dunaires, formant des étangs temporaires mais riches en biodiversité. C’est dans ces bassins que les communautés locales pratiquent une pisciculture extensive à faible coût, mais résiliente et rémunératrice. Autour de ces points d’eau, les biotopes humides se reconstituent, permettant la coexistence d’activités agricoles comme la culture du riz, manioc, patate douce, maïs et diverses spéculations maraîchères. Au-delà de la production piscicole, les maillons de la chaîne de valeur (vente, cuisson, séchage, transport) mobilisent les femmes, les jeunes et les commerçants. Ces activités génèrent ainsi des revenus complémentaires pour de nombreux ménages. La pisciculture devient donc un levier d’autonomisation économique locale, tout en participant activement à la diversification des sources de revenus dans les zones rurales. « L’analyse des dynamiques socio-écologiques menée sur le terrain montre que la pisciculture extensive est profondément ancrée dans les réalités historiques et environnementales des Korama. Pour renforcer sa durabilité et son impact, il devient impératif de : documenter davantage l’historique et les pratiques de cette activité ; identifier les espèces de poissons les mieux adaptées à l’environnement local ; améliorer la gestion piscicole en fonction des spécificités écologiques des sites. » Explique Dr. Haboubacar Maman Manzo

Les pisciculteurs des villages de Gaabi Haoussa et Mai Farou ont identifié six espèces dominantes dans leurs eaux locales : Bargui, Karfassa, Kawaara, Kouroungou, Gaiwa, Lamsa et Tarwaada. La bonne gestion de ces espèces, tant sur le plan écologique qu’économique, est essentielle pour garantir une exploitation durable de la ressource « La gestion de l’eau dans ces écosystèmes humides est une condition centrale à la durabilité de la pisciculture. En effet, les cultures en périphérie des étangs impliquent souvent l’utilisation de fumier ou d’engrais chimiques, qui peuvent altérer la qualité de l’eau. Il est donc crucial que les services techniques de l’Environnement et de l’Agriculture : contrôlent la qualité de l’eau, encadrent les pratiques agricoles, renforcent les capacités techniques des pisciculteurs et agropasteurs locaux, fassent respecter les normes environnementales en vigueur. » Ajoute-t-il
La pisciculture extensive dans les Korama ne se limite pas à une activité économique. Elle incarne une identité territoriale, une forme de résilience écologique et une voie vers un système alimentaire endogène et inclusif « C’est en consolidant les connaissances locales, en valorisant les pratiques traditionnelles et en soutenant les acteurs communautaires, que nous pourrons bâtir un modèle durable au service des ressources halieutiques, agricoles et sociales des zones humides du Niger. » M. Haboubacar Maman Manzo.
Aliou DIALLO



