Située au nord du Niger, dans la région d’Agadez, l’Aïr est un massif montagneux impressionnant qui s’élève au cœur du désert du Sahara. Culminant à plus de 2000 mètres d’altitude surplombée par mont Idoukal-n-Taghès, 2022 m, cette région volcanique offre un contraste saisissant entre altitude, oasis verdoyantes et paysages arides. L’Aïr abrite des vallées fertiles, notamment autour de Tabelot, Timia, Iferouane et Bagzam, où l’agriculture se développe grâce à l’irrigation et aux nappes phréatiques. C’est l’une des rares zones sahariennes où l’on cultive avec succès des produits maraîchers comme l’oignon, l’ail, le blé ou encore la datte.
La région est également riche d’un patrimoine culturel touareg, d’une biodiversité unique et de sites archéologiques remarquables, ce qui en fait un territoire à la fois stratégique pour l’économie rurale et important pour la mémoire du Niger.
Dans notre série de découverte, nous partons à la rencontre de ces paysans et commerçants qui font bouger les activités agricoles dans cette région.
Il ya bien des localités en Afrique de l’ouest comme l’Aïr, au Niger, qui, par leur contribution sont exemple de résilience face aux enjeux climatique en matière agricole. Chaque année, entre mars et mai, les vallées fertiles de l’Aïr, dans le nord du Niger, deviennent le théâtre d’une activité agricole stratégique : la récolte des semences d’oignon, du blé et de l’ail. Si l’oignon et l’ail sont bien connus pour leur contribution à l’économie nationale, la récolte des semences reste pourtant une phase méconnue, mais essentielle pour la pérennité de ces cultures vitales.
L’oignon du Niger, un patrimoine agricole stratégique !
Produit phare de l’agriculture nigérienne, l’oignon – notamment le célèbre “Violet de Galmi” représente la principale culture maraîchère d’exportation du pays. Avec une production annuelle estimée à plus de 600 000 tonnes (FAO & RECA, 2018-2021) et plus de 18 000 acteurs impliqués dans sa chaîne de valeur, l’oignon est un pilier économique et social.
Après la région de Tahoua, Agadez se positionne comme la deuxième zone de production du Niger, avec un avantage comparatif majeur : ses conditions géo climatiques idéales pour la production de semences d’oignon.
Le cycle des semences dans l’Aïr, une expertise paysanne…
Contrairement aux bulbes récoltés pour la consommation, les producteurs de l’Aïr concentrent, durant cette période, leurs efforts sur la récolte de semences d’oignon, une activité à haute valeur ajoutée. Dans cette région montagneuse, la culture se fait à partir de bulbilles (petits bulbes), une technique locale qui permet de gagner jusqu’à deux mois de croissance par rapport au semis classique en pépinière. Cette méthode favorise une floraison rapide et une production efficace des graines.
Les premières fleurs apparaissent sur les hampes florales, regroupées en ombelles pouvant compter de 50 à plus de 700 fleurs. La pollinisation, assurée naturellement par les insectes (abeilles, papillons, libellules, etc.), est parfois renforcée par un passage manuel pour augmenter le taux de fécondation.

Femmes et traditions au cœur de la récolte des semences !
La récolte des ombelles est minutieuse : les tiges sont coupées à la main, en évitant les heures chaudes. Le séchage suit immédiatement, sur des bâches ou claies bien aérées. Après deux à trois semaines, lorsque les capsules s’ouvrent, débute l’extraction des semences, un travail essentiellement féminin. Les femmes, grâce à leur dextérité, décortiquent les capsules avec soin, à la manière traditionnelle du décorticage du mil.
Les semences sont ensuite triées : une partie est conservée pour la future pépinière, le reste stocké dans des sacs suspendus, servant à la fois de réserve stratégique et d’épargne paysanne. En 2024, la mesure locale de semences d’oignon, appelée “tiya”, atteignait 75 000 FCFA, preuve de leur valeur.
L’ail une richesse précieuse de l’Aïr…
En parallèle, la récolte de l’ail bat son plein. Très attendue, elle joue un rôle économique crucial pour les familles productrices. L’ail est plus facile à conserver que l’oignon : il suffit d’éviter une exposition prolongée au soleil et de le récolter avant que les feuilles ne sèchent complètement.
La récolte mobilise largement les femmes, notamment pour la séparation des gousses, réalisée avec précision. En retour, elles récupèrent les feuillages séchés pour nourrir leur cheptel, dans un système de troc informel mais équitable avec les producteurs.

Conservation et marchés, entre stratégie et vulnérabilité des producteurs.
Après un séchage de dix jours à l’ombre, l’ail est stocké dans des sacs de 60 à 100 kg, à l’abri des pluies rares mais de plus en plus imprévisibles. L’état de conservation est suivi à l’odorat : une forte odeur signale un début de détérioration.
Le meilleur moment pour vendre l’ail ? La période post-pluie, lorsque les prix grimpent jusqu’à 2 500 FCFA le kilo. Le 13 mai dernier, sur le mont Bagzam, l’ail se vendait encore à 650 FCFA/kg, un prix exploité par les commerçants pour acheter sur pied et spéculer ensuite.
Face à ces réalités, un dispositif d’information, d’éducation, d’encadrement et de surveillance s’impose pour renforcer la résilience des producteurs de l’Aïr. Cela permettra d’anticiper les vulnérabilités économiques, climatiques et commerciales, tout en valorisant les savoirs locaux.
L’Aïr, pôle agricole d’exception au cœur du Sahara…
Terre de savoirs agricoles et de résilience, l’Aïr n’est pas seulement une oasis géographique, mais aussi un grenier nourricier stratégique du Niger. Ses productions de semences, d’ail et de blé constituent une véritable richesse pour le pays, à condition d’en soutenir durablement les hommes et les femmes qui les font vivre.
Dr Haboubacar Maman Manzo est enseignant-chercheur à l’Université Boubakar Ba de Tillaberi.
Salouhou Djibrilla est expert en ressources paysannes et agent à la DDEPP de Tabelot, région d’Agadez.



