À la veille du mois de Ramadan, l’on s’est rendue dans la périphérie de Zinder pour une immersion au cœur des sites maraîchers qui, depuis des décennies, approvisionnent la ville en légumes frais. Dans cette région du Damagaram, le maraîchage constitue bien plus qu’une activité agricole : c’est un véritable système de production, ancré dans l’histoire et essentiel à la sécurité alimentaire locale.
Garin Rana, un site emblématique
À l’ouest de la ville, le village de Garin Rana, aux côtés de Kangna Mai Rouwa et Midick, figure parmi les principaux sites de production. Sur ces parcelles verdoyantes, la laitue (Lactuca sativa), communément appelée « salade » ou « salati », domine les cultures. À ses côtés, chou, carotte, tomate et radis complètent l’offre maraîchère destinée aux marchés urbains.
Introduite à l’époque coloniale, la culture de la laitue s’est progressivement intégrée aux pratiques agricoles locales. À l’origine, les productions potagères étaient établies près des points d’eau, notamment autour de la colline du château d’eau de Birni et de la zone dite « Toudoun poste ». Les sécheresses successives à partir des années 1920 ont toutefois déplacé les sites vers des zones disposant de mares plus permanentes, comme Garin Rana.
Un pilier de la sécurité alimentaire dans la région ZIMAGE&1
Aujourd’hui, l’agriculture urbaine et périurbaine du Damagaram s’est imposée comme un levier stratégique pour l’approvisionnement en produits frais. En réduisant la dépendance aux importations et aux longues chaînes de transport, elle favorise l’accès à des aliments nutritifs pour les populations urbaines et rurales.
Au-delà de l’aspect alimentaire, cette activité génère des emplois, soutient les revenus des ménages et contribue à la vitalité économique locale. Elle représente également une pratique agricole à faible empreinte carbone, en limitant les distances de commercialisation. 
Des défis persistants qui nécessite un appui pour une bonne production
Malgré son importance, le maraîchage périurbain reste confronté à plusieurs défis : accès à l’eau en période de sécheresse, besoin d’équipements modernes, accompagnement technique et soutien financier. Les producteurs de Garin Rana soulignent la nécessité d’un appui renforcé pour consolider leurs acquis et améliorer leur productivité.
Valoriser un modèle résilient pour faire face aux défis climatiques !
Les sites de Kangna, Midick et Garin Rana illustrent la capacité d’adaptation des agriculteurs du Damagaram face aux contraintes climatiques et économiques. Héritage historique devenu pilier économique, le maraîchage périurbain à Zinder apparaît aujourd’hui comme un exemple de développement durable endogène.
Intégrer et soutenir davantage cette dynamique dans les politiques locales et nationales pourrait permettre de maximiser ses impacts, notamment en matière de sécurité alimentaire, de lutte contre la pauvreté et de résilience climatique.
À Zinder, derrière chaque feuille de laitue vendue sur les marchés, se dessine ainsi l’histoire d’une agriculture qui nourrit, résiste et s’adapte aux réalités du temps.
Aliou DIALLO Journaliste environnementaliste/ Dr Haboubacar Maman Manzo Enseignant Chercheur à l’Université Boubakar Ba de Tillabe



