Dans les profondeurs verdoyantes de l’Afrique centrale, là où les chants des oiseaux se mêlent au bruissement des feuilles, des forêts millénaires luttent pour leur survie. Autour d’elles, des hommes et des femmes, des communautés entières, vivent en harmonie avec les arbres, les rivières et les esprits de la nature. Mais cette harmonie est aujourd’hui menacée. Pour en parler nous avons rencontré Bienvenu ONGOUNDOU, Conseiller technique de ACAI. Dans cette interview, nous avons abordé la question de la gestion efficace des forêts en Afrique. La gestion durable des forêts et les menaces est une préoccupation pour tous les acteurs de l’environnement et décideurs. A l’orée de la conférence des parties COP30 qui se tiendra à Belém au Brésil, cet acteur pour les causes climatiques voit cette situation comme une problématique préoccupante.
Selon vous, quels sont les principaux défis rencontrés dans la mise en œuvre des pratiques de gestion durable des forêts en Afrique ?
Ces derniers temps, en Afrique, je constate que La gestion durable des forêts , mais aussi les menaces et la mise en œuvre de la gestion durable des forêts se heurte à plusieurs obstacles structurels et contextuels, liés notamment à faible capacité institutionnelle et technique des administrations forestières, aux pressions économiques et démographiques croissantes sur les ressources naturelles, au manque de financement pour les pratiques durables et les mécanismes de suivi, à l’insuffisance de données fiables pour le suivi écologique et la planification, aux conflits d’usage entre acteurs (communautés locales, exploitants, État), etc.
Comment évaluez-vous le rôle des NbS dans la restauration des écosystèmes forestiers et la lutte contre le changement climatique ?
Je pense que les Solutions Basées sur Nature (NbS) représentent une approche stratégique et intégrée pour répondre aux défis environnementaux tout en générant des bénéfices socio-économiques, car leur rôle est fondamental dans le contexte africain. Cela peut se justifier dans le sens où elles favorisent la reforestation, l’agroforesterie et la gestion communautaire. Parallèlement, elles peuvent renforcer la résilience des écosystèmes et des populations vulnérables mais aussi pourraient permettre de capter le carbone tout en améliorant les moyens de subsistance. Leur efficacité dépend d’une gouvernance inclusive et d’un ancrage territorial fort
Quels sont les principaux obstacles à l’intégration des NbS dans les politiques forestières nationales ou locales ?
Les derniers articles parus montrent que malgré leur potentiel, les NbS peinent à s’imposer dans les politiques forestières africaines. Et plusieurs freins majeurs s’illustrent par les faits qui sont entre autres, manque de sensibilisation et de formation des décideurs politiques, absence de cadre juridique clair et opérationnel pour les NbS, faible coordination intersectorielle entre les ministères concernés, priorisation des approches productivistes au détriment des solutions écologiques.
Comment les droits d’usage des communautés locales peuvent-ils être pris en compte dans les plans d’aménagement forestier ?
Il est vrai que la reconnaissance des droits d’usage soit une condition essentielle pour une gestion durable et équitable des forêts. Cependant, dans les plans d’aménagement, cette prise en compte devrait se traduire par certains préalables, à savoir : l’intégration des savoirs locaux dans les diagnostics participatifs, la cartographie des usages coutumiers et des zones de dépendance, l’inclusion des représentants communautaires dans les comités de gestion et la reconnaissance juridique des droits d’usage dans les textes réglementaires.
Quels types de conflits liés aux droits d’usage observez-vous le plus souvent et comment sont-ils généralement résolus ?
Les conflits liés aux droits d’usage sont fréquents et reflètent les tensions entre les usages traditionnels et les logiques d’exploitation commerciale. Les principaux types observés incluent pour la plupart des conflits inter-usagers (entre agriculteurs, chasseurs, cueilleurs et exploitants forestiers) souvent liés à la saisonnalité des ressources, des conflits juridictionnels (par exemple entre collectivités territoriales et administration forestière) sur la gestion des forêts classées ou communautaires, mais également sur les modes de résolution (médiation coutumière et arbitrage par les chefs traditionnels, comités locaux de conciliation appuyés par les ONG, recours aux juridictions administratives ou tribunaux de paix, etc.).
Quels sont, selon vous, les impacts socio-économiques et environnementaux les plus significatifs des concessions forestières dans les différentes régions ?
En Afrique, les concessions forestières génèrent des externalités positives et négatives, selon leur modèle de gestion. Par exemple, sur le plan environnemental : fragmentation des habitats et perte de connectivité écologique, dégradation des sols et pollution des cours d’eau par les activités d’exploitation, réduction de la biomasse et des stocks de carbone. Sur le plan socio-économiques, création d’emplois temporaires mais précaires, accès limité des communautés aux bénéfices économiques, risques de conflits fonciers et de marginalisation des populations autochtones. Alors que sur le plan de variation, on observe des types de concession (industrielle vs artisanale), de niveau de certification, une présence de mécanismes de redevabilité dans certaines zones géographiques. La gestion durable des forêts et les menaces sont doivent être au centre des décisions, qu’elles soient collectives ou isolement prises.
Quelle est votre perception de l’efficacité des mécanismes de certification (ex. FSC, PEFC) pour garantir une gestion durable des forêts ?
Il est vrai que les certifications forestières sont des instruments de gouvernance environnementale, mais leur efficacité devra dépendre d’un ensemble des facteurs, notamment : les standards FSC ou PEFC qui intègrent des critères écologiques, sociaux et économiques, mais leur application reste inégale. De plus, les chaînes de contrôle (Chain of Custody) qui sont souvent défaillantes, surtout dans les contextes informels. L’autre facteur est au niveau d’accessibilité, de fois, les petits exploitants et les concessions communautaires ont un accès limité aux certifications en raison des coûts et de la complexité des audits. En plus, niveau d’adaptabilité, les standards internationaux sont parfois inadaptés aux réalités africaines (droits coutumiers, multifonctionnalité des forêts).
Quelles recommandations feriez-vous pour améliorer la gouvernance forestière et renforcer la durabilité dans le secteur ?
Je pense qu’une gouvernance forestière efficace repose devra reposer sur des principes de subsidiarité, de transparence et de durabilité. Par exemple, la formation des acteurs locaux en gestion écosystémique, SIG, MRV et NbS . L’intégration des droits coutumiers, des NbS et des mécanismes de PSE dans les lois, La gestion durable des forêts et les menaces forestières, la création d’espaces de dialogue entre État, secteur privé, communautés et chercheurs, le développement d’observatoires forestiers et d’outils de télédétection pour le suivi des concessions , l’élaboration de standards régionaux simplifiés pour les exploitants communautaires et artisanaux, etc.
Pour que la forêt africaine continue de vivre, il faut repenser sa gouvernance. Former les acteurs locaux, intégrer les droits coutumiers dans les lois, créer des espaces de dialogue, développer des observatoires forestiers… autant de pistes pour renforcer la durabilité du secteur. Dans cette quête, chaque arbre, chaque voix, chaque savoir compte. Car la forêt n’est pas seulement un réservoir de biodiversité: elle est aussi le cœur battant des communautés africaines.
Interview réalisée par Aliou DIALLO, Journaliste environnementaliste



